Projets
PREDILING : La prédiction à travers les langues et les cultures
Le projet PREDILING s’inscrit dans une démarche de recherche fondamentale en linguistique cognitive, afin d’étudier la dimension anticipatoire du langage à travers les langues et les contextes culturels. Il repose sur l’hypothèse centrale que la langue n’est pas seulement descriptive du monde tel qu’il est, mais qu’elle se révèle également prédictive du monde tel qu’il pourrait être. Chaque langue naturelle possède en effet un appareil grammatical systématique par lequel les locuteurs projettent les événements, qualifient leur vraisemblance et les situent dans un horizon d’attente qui leur est propre.
L’étude s’appuie sur l’analyse comparative et typologique de corpus multilingues afin de reconstituer cet appareil langagier complexe. Les recherches sont mobilisées pour repérer et comparer les marqueurs linguistiques de la prédiction, tels que les systèmes temporels, les modes et les aspects, les modalités épistémiques, les structures conditionnelles, ainsi que les procédés d’évaluation de la probabilité. Cette approche permet de mettre en évidence des régularités et des variations dans la manière dont le futur, l’hypothétique et le possible sont dits, structurés ou laissés implicites au sein des différents systèmes linguistiques.
Une attention particulière est portée aux différences culturelles dans la conceptualisation du temps et la verbalisation de l’avenir. Le projet examine comment certaines cultures favorisent une projection explicite et affirmée, tandis que d’autres privilégient des formes nuancées, indirectes ou fortement conditionnées par le doute. Là où la grammaire traditionnelle s’est historiquement attachée à décrire la manière dont les langues enregistrent le passé et documentent le présent, la grammaire prédictive, conceptualisée dans le cadre de ce projet, cartographie avec précision la mécanique par laquelle elles anticipent et modèlent l’avenir.
PREDILING vise ainsi à proposer une cartographie internationale des expressions langagières de la prédiction, en montrant comment les langues et les cultures structurent la perception, la compréhension et la projection des mondes possibles. En mettant en relation langage, cognition et horizon d’attente, le projet contribue à une meilleure compréhension des mécanismes discursifs de l’anticipation et ouvre des perspectives novatrices pour l’analyse théorique et typologique des discours et des grands modèles de langage qui sont à la base des systèmes actuels d’intelligence artificielle.

CRIMENTALIA : L’expression linguistique de la violence à travers les langues et l’intelligence artificielle
Le projet CRIMENTALIA s’inscrit dans une démarche de recherche interdisciplinaire associant linguistique, sciences sociales, psychologie et intelligence artificielle, afin d’étudier l’expression linguistique de la violence à travers les langues et les contextes culturels. Il repose sur l’idée que la violence, qu’elle soit physique, symbolique, institutionnelle ou verbale, ne se manifeste pas uniquement par des actes, mais aussi par des formes langagières spécifiques qui varient selon les langues, les normes sociales et les cadres historiques.
L’étude s’appuie sur l’analyse de corpus multilingues de grande ampleur, comprenant des témoignages, des récits judiciaires, des discours médiatiques, des échanges numériques et des productions narratives. Les modèles de langage issus de l’intelligence artificielle sont mobilisés pour repérer et comparer les marqueurs linguistiques de la violence, tels que les champs lexicaux mobilisés, les constructions syntaxiques, les modalités d’énonciation, les formes de désignation de l’agresseur et de la victime, ainsi que les procédés de justification, de banalisation ou de dénonciation. Cette approche permet de mettre en évidence des régularités et des variations dans la manière dont la violence est dite, racontée ou implicite.
Une attention particulière est portée aux différences culturelles dans la conceptualisation et la verbalisation de la violence (cf. Journée d’études GRÉLIA, 2026). Le projet examine comment certaines langues tendent à expliciter l’acte violent, tandis que d’autres privilégient des formes indirectes, euphémisées ou métaphoriques. Il analyse également la manière dont les cadres normatifs et juridiques influencent les discours, en façonnant ce qui peut être nommé, atténué ou rendu indicible. L’intelligence artificielle permet ici de croiser des niveaux d’analyse micro et macro, en articulant finesse linguistique et comparaison à large échelle.
CRIMENTALIA vise ainsi à proposer une cartographie internationale des expressions langagières de la violence, en montrant comment les langues et les cultures structurent la perception, la compréhension et la mise en récit de phénomènes violents. En mettant en relation langage, pouvoir et normes sociales, le projet contribue à une meilleure compréhension des mécanismes discursifs de la violence et ouvre des perspectives pour l’analyse comparative des discours criminels et sociaux dans un contexte mondialisé.
