Publications
Voici un aperçu des dernières publications des membres du GRÉLIA :
Chamsine C. et al. (2025). Psychotraumatismes et interactions culturelles en contexte humanitaire, in Médecine de Catastrophe – Urgences Collectives. Volume 9, Issue 3, 2025, Pages 203-208, ISSN 1279-8479, https://doi.org/10.1016/j.pxur.2025.06.004.
Résumé :
La prise en charge du psychotraumatisme en contexte humanitaire pose des défis complexes, en raison de la diversité des cultures rencontrées et de la variabilité des expressions de la souffrance psychique. Loin d’être universelle, la manifestation du trouble de stress post-traumatique (TSPT) est influencée par des facteurs culturels qui modifient à la fois les plaintes, les attentes thérapeutiques et les stratégies de résilience. Dans certaines sociétés, les symptômes s’expriment surtout par le corps (douleurs, troubles digestifs), alors que dans d’autres, les émotions sont exprimées plus directement. Ces variations peuvent conduire à des erreurs diagnostiques, notamment lorsque les outils d’évaluation standardisés comme la CAPS-5 (Clinician-Administered PTSD Scale for DSM-5) ou la PCL-5 (PTSD Checklist for DSM-5) sont utilisés sans adaptation. Des concepts comme les « scripts culturels du traumatisme » ou les syndromes spécifiques (Susto, Khal’a, Khyâl cap, etc.) éclairent la manière dont les traumatismes sont compris localement. De même, les pratiques de soin traditionnelles (guérisseurs, rituels communautaires) jouent un rôle important dans la restauration du lien social, et leur intégration dans les prises en soin améliore l’adhésion thérapeutique. Les approches hybrides, combinant psychothérapies occidentales et ressources locales, montrent ainsi une meilleure efficacité, comme démontré en Ouganda, au Cambodge ou au Botswana. Le manque de formation interculturelle des soignants constitue un frein majeur. Une majorité d’intervenants humanitaires ne sont pas formée aux variations culturelles du TSPT, ce qui alimente les diagnostics erronés et les ruptures de soin. Pour répondre à ces défis, des initiatives émergent. L’utilisation de l’intelligence artificielle, comme le programme MINOR-IA, permet d’évaluer les symptômes dans la langue maternelle du patient, améliorant la précision diagnostique de près de 30 %. Néanmoins, ces outils technologiques doivent être encadrés, car ils peuvent reproduire des biais culturels s’ils ne sont pas validés localement. L’article souligne l’urgence d’intégrer les compétences interculturelles dans les formations en santé mentale, de développer des collaborations avec les ressources communautaires et d’investir dans des outils assistés par l’intelligence artificielle. Une approche intégrative, sensible aux contextes, est essentielle pour assurer une réponse humanitaire adaptée et respectueuse de la diversité des langues et des cultures.